Le Tokusatsu

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Après la fin de la seconde guerre mondiale qui s’est soldée par la victoire des USA sur le Japon, la culture américaine a peu à peu imprégnée l’archipel nippon notamment au travers de ses comics et son mythe du super héros aux pouvoirs surnaturels. Durant cet période du début des années 50, le manga (BD japonaise) connaît un essor prodigieux grâce notamment à celui que l’on nomme le père des mangas : Osamu Tezuka, dont le style assez épuré limite enfantin souffrirait en apparence une vulgaire comparaison avec Disney. En apparence seulement car l’auteur au travers de ses planches narre des histoires et des personnages sombres et complexes.

A la même époque, un autre genre commence lui aussi à se développer notamment au cinéma avec le célébrissime Godzilla : le Tokusatsu. Mot tiré de la contraction de Tokubetsu Satsusei qui signifie littéralement : effets spéciaux.
Plus tard, au cours des années 60, Eiji Tsuburaya crée un héros d’un genre nouveau : Ultraman. Le succès est alors immédiat et perdure de nos jours encore avec un nombre assez conséquent de séries tirées de ce personnage, qui à titre de comparaison, est au japonais ce que Superman est aux américains. La singularité des séries live japonaises se caractérise par l’intégration de codes spécifiques, des arts martiaux, des théâtres No et Kabuki qui symbolisent l’essence même de la culture traditionnelle nippone.

Quelques années après, le Tokusatsu connaît une expansion assez phénoménale avec de nombreuses séries de Super Héros développées au cours des années 70, période plus communément appelée l’âge d’or des séries tokusatsu.
Une des plus marquantes d’entre elle voit le jour en 1970 même : Spectreman sous le nom Uchû Enjin Gori, grâce à une société du nom de P Productions. Le thème abordé semble peu commun à l’époque, puisqu’il a trait à la pollution dans le Japon à l’heure de l’ère industrielle ayant atteint son paroxysme.
L’année suivante, Toei trouve une réponse à ce programme en faisant appel au très talentueux Shotaro Ishinomori (élève d’Osamu Tezuka) qui élabore un concept de héros solitaire dont la destiné l’oblige à combattre les forces du mal. Ce héros d’un genre nouveau répond au nom de Kamen Rider. Le succès rencontré est alors immédiat et son acteur principal : Hiroshi Fujioka se casse le bras lors d’un tournage, obligeant par la même la production à lui chercher un co-équipier.

Par la suite, Ishinomori s’inspire d’un concept de héros à cinq dans le style de Gatchaman pour créer le Sentai (Escadron de Combat) : un genre de séries tokusatsu où les héros aux supers pouvoirs sont de différentes couleurs et sont de manière générale au nombre de cinq (ex : Bioman, Flashman, Liveman, Turboranger, Jetman, etc…).
Le premier sentai Himitsu Goranger demeure certainement le plus connu de l’histoire tant la popularité rencontrée alors, perdure encore aujourd’hui.

Dans le début des années 80, Toei cherche un nouveau fil conducteur pour ses séries de super héros transformables avec un héros d’avantage humain mais disposant d’un arsenal impressionnant. Une sorte de compromis entre l’homme et la machine. La société de Ginza choisit d’ailleurs l’un de ses acteurs vedette au charisme et au talent martial indéniable : Kenji Oba. Qualités qui lui valurent le privilège d’avoir deux rôles principaux entre Battle Fever J et Denjiman.
C’est ainsi que née le Metal Hero avec Uchû Keiji Gavan (nom destiné à rendre hommage à Jean Gabin) plus connu en France sous le nom d’X-OR.
Deux suites à Gavan voient le jour les saisons suivantes : Sharivan et Shaider puis d’autres séries Metal Hero.
Ces feuilletons bénéficient d’un taux d’audience assez remarquable, jusqu’en 1987 avec Metalder. Néanmoins Toei décide de changer cet état de fait en faisant appel à des acteurs/cascadeurs de la JAC (société fondée par Sonny Chiba en vu de promouvoir les jeunes talents). Dans deux épisodes de la série, on retrouve donc différentes star de la JAC comme Kenji Oba, Hiroshi Watari (Sharivan, Spielvan), Jun Takanomaki (Diana dans Spielvan), Sumiko Tanaka (seconde Force Jaune dans Bioman) et bien d’autres encore.
Ces épisodes demeurent d’ailleurs les plus marquants toutes séries du genre confondues.

Puis à cette même période et durant le début de la décennie 90, le Tokusatsu connaît une crise majeure dans son histoire pouvant être qualifiée de déclin. Cependant un sursaut que l’on doit à certaines productions comme Jetman, Dairanger, va permettre un renouveau en ce domaine.

Durant le début de cette décennie, Haim Saban connu entre autre en France pour avoir produit des musiques de différentes séries diffusées comme Ulysse 31 ou bien encore les Mystérieuses Cités d’Or, a compris que les séries tokusatsu pouvaient s’avérer un vecteur assez porteur et rachète les droits mondiaux de séries sentai à partir de Zyuranger renommé Power Ranger. Son idée est simple, il reprend les scènes costumées pour faire du voice off derrière et intègre des scènes tournées au USA même, avec des acteurs américains pour interpréter les héros. De plus, il modifie totalement le scénario et la structure narrative. Autant le dire tout de suite, comme bon nombre de personnes ont pu le constater, le résultat n’est guère convaincant.
Cependant, ce remake sauce Saban suscite l’intérêt de certains jeunes téléspectateurs au point que les saisons s’enchaînent les unes après les autres. La stratégie marketing de la multinationale du californien marche, puisqu’elle s’appuie elle aussi sur la participation active de Bandai, qui à grand renfort de publicités pour ses jouets, contribue à la popularité des Power Rangers.

Fort de ce succès mondial, Saban va racheter les droits mondiaux de trois séries diffusées en France pendant les années 80 à savoir : Shaider, Spielvan et Metalder. Là aussi les scénarios ainsi que les scènes à visages découverts sont remaniés et la série s’intitule VR Troopers. Que dire là aussi ? Réunir des héros de séries différentes pour en proposer un mix ne peut bien évidemment pas donner un semblant de cohérence.

Mais Saban ne s’arrête pas là et pousse le vice jusqu’à racheter les droits de Kamen Rider Black RX pour proposer son Saban’s Masked Rider, dénaturant ainsi le mythe japonais créé autour de ce héros en en faisant un vulgaire Batman volant au secours de la veuve et de l’orphelin.

Puis arrive le tour de B-Fighter qui subit les affres de la « sabanisation » sous le nom de Beetleborgs en devenant tout bonnement insupportable. De jeunes enfants interprètent les héros dont le QG n’est ni plus ni moins qu’une maison hantée avec un clown fantôme qui en assure la garde avec ses acolytes monstres.
L’année qui suit, un opus voit le jour avec Beetleborgs Metallix, version remaniée de B-Fighter Kabuto. Evidemment, il serait assez inconvenu de ne pas tarir d’éloges devant cet innommable reprise, qui semble croire une fois de plus en la naïveté des jeunes téléspectateurs pour leur proposer un programme qui ne vole pas très haut !!
Et autant dire que les séries précitées n’ont pas particulièrement convaincu puisqu’elles ne connurent qu’un succès en demi-teinte.

En revanche, Power Ranger a pu perdurer au point de fêter ses dix ans en 2003. La Saban International a d’ailleurs été racheté par Disney qui détient désormais les droits mondiaux des séries sentai, tandis qu’au Japon, les séries tokusatsu continuent d’émerveiller le public nippon et prend chaque année un peu plus d’importance culturellement parlant.

Evoquons enfin,pour conclure, le cas de la France, bien malheureux puisque depuis l’arrivée des Power Rangers, aucune série de ce genre particulier n’a de nouveau débarquée dans l’hexagone. La dernière série à avoir pu être diffusée est Jetman. Il est à espérer que dans un futur proche les choses changent, mais on ne peut qu’être assez réservé à ce sujet tant les éditeurs et distributeurs semblent peu enclins à s’intéresser à ce type de séries. De plus, des clichés assez fallacieux continuent de persister avec la croyance erronée d’un aspect « kitch » des tokusatsu, alors qu’il n’en est rien en ce qui concerne les séries récentes.
D’autre part, elles ne s’adressent pas toujours à un public d’enfants puisque les scénaris de certaines séries notamment les Kamen Rider présentent une complexité les mettant hors de portée d’un public trop jeune.
Les tokusatsu ont rencontré le succès en France à la fin des années 70 et durant les années 80 mais depuis Saban plus rien.
L’arrivée prochaine de la TNT va-t-elle apportée quelques changements en la matière ?
L’avenir nous le dira, mais la multiplication des chaînes va nécessairement permettre une diversité des programmes télévisuels.

Écrivain, journaliste, ingénieur et graphiste, cet auteur est très craint par la profession. Fuyez-le, il est encore temps.

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